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À propos de La Fable du monde

‘‘ La fable du monde" est un recueil poétique de Jules Supervielle (1884-1960), publié à Paris chez Gallimard en 1938. Le recueil se développe principalement autour de "la Fable du monde" publiée dans la Nouvelle Revue française. Supervielle utilise tous les moyens de la versification: poèmes strophiques en vers réguliers - "Métamorphose", "Descente des géants" -, mais plus fréquemment coulées de décasyllabes (le vers épique par excellence) ou d'alexandrins non rimés ("le Chaos et la Création"), d'hexa- et heptasyllabes et, surtout, douze grands poèmes en versets (dont "Prière à l'Inconnu" et "Tristesse de Dieu").

Supervielle s'inscrit délibérément dans la tradition épique inspirée de la Genèse - de Hugo, en particulier. Mais, paradoxalement, c'est à un "inconnu" que le poète agnostique adresse sa "prière": "Voilà que je me surprends à t'adresser la parole, / Mon Dieu, moi qui ne sais encore si tu existes, / Et ne comprends pas la langue de tes églises chuchotantes [...]" à bien des égards, ce récit épique de la création du monde - de l'humanité, du "Premier Arbre", du "Premier Chien" et des animaux, dont Supervielle dresse un tendre bestiaire -, apparaît comme une contre-épopée. Rien, en effet, du style sublime qui célèbre la puissance démiurgique du deus absconditus, bien au contraire: ce Dieu "très atténué / Des bouts de bois et des brindilles" est en proie au doute et à l'incertitude; il s'interroge sur la Création, qui lui échappe, et c'est un Dieu très humain, bienveillant et mélancolique, que peint la section "Tristesse de Dieu": "Hommes, mes bien-aimés, je ne puis rien dans vos malheurs." Autant dire que, selon les termes de Supervielle, Dieu est "un dieu de poète", "symbole de la Création, de l'œuvre, grande ou petite". C'est la portée allégorique de la Genèse qui intéresse Supervielle, pour une méditation en abyme sur la "nuit" de la poésie, vécue dans les affres de la création: "Je ne sais maintenant ce que je porte en moi, / Mes yeux font de l'obscur et je cherche à mieux voir / [...] Parfois je ne sais rien de ce qui va venir."

L'angoisse qui sous-tend le recueil est assurément liée à la montée des périls dans l'Europe d'avant-guerre, ainsi que l'indiquent certaines allusions de la " Prière à l'Inconnu", datée de 1937: "Chaque matin ils se demandent si la tuerie va commencer...", et la correspondance entretenue alors avec Étiemble. Le recueil est rythmé par un mouvement alternatif d'expansion et de concentration, de diastole et de systole: à la représentation du macrocosme - de l'homme perdu dans l'immensité interstellaire ("Lettre à l'étoile") -, répond la vision du microcosme intérieur et des abîmes du corps, en particulier dans la section "Nocturne intérieur". Supervielle est alors proche de l'"espace du dedans" et du "lointain intérieur" de son ami Henri Michaux lorsqu'il décrit les cœnesthésies - flux du sang, battements du cœur, vibrations des nerfs - dans la grande tradition d'une poésie du corps: "C'est le monde où l'espace est fait de notre sang. / Des oiseaux teints de rouge et toujours renaissants / Ont du mal à voler près du cœur qui les mène."

Mais en vertu des correspondances de la pensée analogique, les "nuits" se confondent, en un échange incessant entre l'intérieur et l'extérieur: "Nuit en moi, nuit au-dehors, / Elles risquent leurs étoiles, / Les mêlant sans le savoir." Si bien que "les étoiles délicates avancent de leurs pas célestes / Dans l'obscurité qui fait loi dès que la peau est franchie". Du plus profond du "nocturne en plein jour" surgit la question de l'identité, déjà posée par Gravitations et par le Forçat innocent: la Fable du monde poursuit la méditation douloureuse sur la place de l'homme dans le cosmos et sur l'unité d'un moi menacé par les "monstres de la nuit".

Par-là, le recueil n'est pas sans évoquer la Préface, également liée aux circonstances politiques, dont Pierre-Jean Jouve a assorti Sueur de sang en mars 1933, sous le titre "Inconscient, Spiritualité et Catastrophe", où il dévoile le "monstre de Désir" tapi dans l'homme "en veston ou en uniforme"."


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À propos de Jules Supervielle

‘’Jules Supervielle est né à Montevideo en Uruguay le 16 janvier 1884, de parents français. Quelques mois plus tard, la famille Supervielle revient en France passer des vacances qui se révèlent tragiques : le père et la mère meurent en l’espace d’une semaine, probablement empoisonnés par de l’eau. Le petit Jules retourne en Uruguay avec son oncle et coule une enfance heureuse, entouré de ses cousins. À l’âge de dix ans, on l’envoie au lycée à Paris. Il commence à écrire des poèmes (Brumes du passé, 1900), fait son service militaire dont il gardera un très mauvais souvenir, étudie les langues et prépare, sans enthousiasme, une thèse. À vingt-trois ans, il épouse Pilar Saavedra en Uruguay où ils vivent jusqu’en 1909.

En 1910, Jules Supervielle publie Comme des voiliers. Mobilisé en 1914, il passe la guerre au Deuxième Bureau dans la section du contrôle postal. En 1919, il fait tirer en édition de luxe Poèmes de l’humour triste ; Valéry s’y intéresse ainsi que Gide qui signale Supervielle au directeur de La NRF : Jacques Rivière donnera trois de ses poèmes dans le numéro d’avril 1920 de la revue, à laquelle le poète demeurera fidèle par la suite.

Au cours de ces années, il se lie d’amitié avec le groupe et les familiers de la NRF (dont Valery Larbaud, Paul Claudel, Max Jacob et Henri Michaux qu’il avait accueilli à Paris en 1923), et avec Jean Paulhan en particulier. Il sollicitera l’avis de ce dernier sur chacun de ses écrits à partir de 1927.

Supervielle est aussi homme de théâtre (La Belle au bois en 1932, une adaptation de Comme il vous plaira en 1935, Bolivar en 1936) et conteur (L’Arche de Noé, 1938).

En 1936, il accompagne Henri Michaux en Amérique du Sud où il séjourne régulièrement. La revue uruguayenne La Cruz del Sur lui avait consacré en décembre 1930 un numéro d’hommage ; lui-même participe activement aux échanges entre les lettres hispano-américaines et françaises, en tant que  membre du « comité étranger » de la revue argentine Sur, au rayonnement de laquelle il œuvrera en France. Il avait rencontré sa fondatrice, l’éditrice Victoria Ocampo, en 1924, et avait fait la même année la connaissance de Ricardo Güiraldàs, duquel il préfacera le roman Don Segundo Sombra. Lorsque la Seconde Guerre éclate, Supervielle se trouve à Montevideo et y reste jusqu’en 1946. Il continue à écrire et à publier, notamment dans la revue Lettres françaises dirigée par Roger Caillois à Buenos Aires.

Après la guerre, ayant des problèmes d’argent, Supervielle obtient d’être nommé attaché culturel honoraire à l’ambassade d’Uruguay à Paris, avec traitement et indemnités de résidence. Il continue de publier des recueils de poèmes (Oublieuse mémoire en 1949, pour lequel le prix des Critiques lui est décerné ; L’Escalier en 1956 ; Le Corps tragique en 1959), ainsi que des contes (Premiers pas de l’univers, 1950), un récit (Le Jeune Homme du dimanche et des autres jours, 1952) et un recueil de mémoires (Boire à la source, 1951). Ses pièces sont créées par Jean Vilar (Shéhérazade en 1948 à Avignon), Raymond Rouleau (Le Voleur d’enfants, 1949), Jean-Louis Barrault (Les Suites d’une course, 1956)… En 1955, l’Académie française lui décerne le Grand prix de la littérature. La mauvaise santé de Jules Supervielle donne une résonance nouvelle à ses œuvres. Il meurt le 17 mai 1960. ‘’.



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